Emmanuel Bachellier

Emmanuel Bachellier

I — Le mur

À 19 ans, Djibouti. Un attentat — une première grenade à mes pieds. L'armée m'a regardé et m'a dit : « T'es pas blessé ? Non ? Alors fais pas chier. » Ce soir-là, j'ai compris que je ne pouvais compter que sur moi.

Vingt-cinq ans plus tard, les images des attentats de Paris me renvoient d'un coup là-bas. Je suis à l'AFP, je trie l'horreur en temps réel, et tout remonte.

II — Le combat

Alors j'entame une démarche simple : être reconnu, pour être soigné. Il m'a fallu cinq ans pour arracher à l'État un seul mot : « effectivement, vous étiez présent. » Puis cinq ans de plus pour poser une seule question : oui ou non, y a-t-il eu dysfonctionnement dans le traitement ET la gestion de mon dossier depuis ma première demande et durant toutes ces années ?

Réponse de l'État : un jeu du « ni oui ni non » qui a duré dix ans.

Dix ans. Cinq avocats, une dépêche AFP, une association de victimes, une députée, un Premier ministre, une ministre, un débat aux Invalides face à Dupond-Moretti, et des dizaines et des dizaines de lettres recommandées et de mails — souvent restés sans réponse, ou noyés dans l'enfumage.

Le prix ? Plus de dix ans de ma vie partis en fumée. Trente ans à me faire une place à la force du poignet, pour finir licencié en 2024 pour invalidité, taux 60 %.

J'ai gagné sur le fond, par décision ministérielle. Maintenant on va chercher la forme — je laisse ça à mes avocats, Fidelio Avocats. On ne lâchera rien. C'est une question de principe : mon histoire est un déni démocratique.

III — La bascule

Entre-temps, je suis devenu écrivain malgré moi. Je n'avais jamais voulu écrire. Je l'ai tapé en une semaine, dans une chambre d'hôpital. C'est devenu Chambre 206, puis Chambre 25. Tous les bénéfices vont aux associations de victimes du terrorisme — dans la vie, tout n'est pas qu'une histoire d'argent.

Pendant près de trente ans, j'ai vécu de commissions. Depuis deux ans, je vis d'une pension. Je suis passé de dealer de fait divers à fait divers tout court. Un autre monde.

Mais mon cerveau, lui, n'a pas changé : il gamberge toujours à deux mille à l'heure. Sauf qu'aujourd'hui, au lieu de paniquer, je code.

Je gamberge, je code

À 55 ans, je suis passé à autre chose…

EXIT

Pour ceux qui voudraient aller plus loin…

Et côté pro ?

Le pro, c'est par ici →

#KillBullshit Army

Un mouvement, pas un slogan. Contre le bullshit corporate, le vent, le théâtre permanent. On dit ce qu'on fait, on fait ce qu'on dit. À bon entendeur.